LE CRI DES ALPES

Le cri des AlpesLa marmotte passe une moitié de sa vie à dormir, et l'autre......à préparer son sommeil, tout en assurant sa survie et sa progéniture. Petits secrets et quotidien d'une grosse "souris" de quatre kilos devenue symbole de nos alpages..

On l'appelait autrefois "mus montanus" qui signifie la souris des montagnes. Vous conviendrez qu'il s'agit là d'un bien gros Mickey de 4 kg. de la famille des rongeurs. Son vrai nom dans la classification des mammifères est, depuis 1779, "marmot marmota" pour l'espèce vivant en France et dans l'ensemble de l'arc alpin. Mais le genre est répandu sur toutes les montagnes et steppes de l'hémisphère nord, partout où le climat est caractérisé par deux saisons très constatées que l'on pourrait qualifier de six mois d'été et six mois d'hiver. Elle doit cette prédilection pour les contrées plutôt rudes à sa formidable capacité de lutte contre le grand froid en hibernant.

En France, dame marmotte occupe naturellement - et de son plein gré - l'ensemble des Alpes, négligeant toutefois les massifs calcaires des Préalpes. Ce n'est qu'à partir des années 80 et par le biais d'introduction qu'elle colonise aussi les Pyrénées, le Massif central, le Vercors et le Chablais. Mais là, elle demeure discrète et son comportement social organisé autour de la famille et de la colonie n'est pas aussi développé. De ce fait, amis randonneurs, soyez aux aguets! En revanche, dans les Ecrins, pas une traversée d'alpages n'est agrémentée des coups de sifflet qui trahissent sa présence et font preuve de son comportement social très organisé.Lac Lauvitel. Parc national des Ecrins. 59Ko

 

La marmotte est toujours en milieu découvert: la forêt n'est pas sa tasse de thé. Elle peut aussi bien vivre très bas - comme à Bourg d'Oisans - que très haut à 2700 m d'altitude. Le point commun demeure néanmoins le sol, nécessairement terreaux car elle a une passion, certes vitale, qui est de creuser et encore creuser. Elle creuse des terriers et des chambres pour faire un nid dans lequel elle élève ses petits, et pour s'isoler tout l'hiver. Une saison bien longue, mais dont elle s'accommode grâce à un ingénieux rythme biologique : l'hibernation.

Le grand sommeil

Mi-octobre. La lumière se fait rasante, les gelées nocturnes fréquentes, les jours plus courts et les torrents silencieux. Dans le calme retrouvé, les marmottes s'affairent autour des terriers principaux pour ramasser du foin à pleine gueule, qu'elles colmatent dans une chambre située à dix voire quinze mètres de l'embouchure. Ces préparatifs achevés, elle confectionne un bouchon fait de terre et de foin mélangés pour obstruer l'entrée du terrier. La voilà dans le noir, au frigo...pour six mois.

La température de son corps tombe de 38°C à 4°C, son rythme cardiaque de 200 à 30 battements à la minute, le rythme respiratoire, quant à lui, se réduit à une seule inspiration minute. Comme morte, elle forme une boule en logeant son museau entre ses pattes postérieures pour réduire au mieux les déperditions de chaleur. Elle survit en ne comptant plus que sur son métabolisme, brûlant les graisses qu'elle a accumulées tout l'été. Elle s'adapte à une température ambiante du terrier, qui généralement oscille entre 1°C et 4°C. Une fois par mois environ, elle se réveille pour aller uriner dans des latrines éloignées du nid, pour éviter de s'intoxiquer.

Mi-avril. La plupart des colonies vivant au-dessus de 1 800m voient leur terrier encore recouvert de neige, quand ce n'est pas par un cône d'avalanche. Mais l'heure a sommé. Parfaitement synchrones, à quelques jours près, les marmottes sortent définitivement de leur torpeur, dégagent le bouchon et grattent la neige pour faire un coucou au printemps, et prendre un bon bol d'oxygène. On croit à tort qu'elles se précipitent sur la plaque d'herbe la plus proche pour enfin manger. En fait, de nombreuses observations à la journée longue prouvent qu'elles sont encore capables de vivre sur leur réserve pendant quelques jours, en se contentant de quelques bouchées de neige. Elles ne sortent pas pour autant indemnes d'une telle épreuve. Une marmotte adulte pesant 4 kg en octobre n'accuse plus que 2,5 kg sur la bascule, au sortir de l'hiver. Amaigrie, elle n'est pas encore suffisamment en chair pour les renards et les aigles.

Le danger se siffle 3 fois

Le printemps bien installé, l'activité des marmottes reprend très vite un rythme soutenu dans la famille. Se déplacer pour manger, se battre entre mâles pour défendre le territoire de la famille, gagner ses galons pour se reproduire, réorganiser ses terriers mis à mal par les inondations et les éboulements, voilà de bien belles occupations au vu des renards et des aigles qui attendaient depuis quelques mois que ses proies faciles réapparaissent enfin sur l'alpage. Eux aussi doivent mettre les bouchées doubles, car leur progéniture quémande. C'est lors de ces péripéties que les coups de sifflet avertisseurs du danger prennent toute leur signification.

Un coup sec traduit souvent la présence d'un aigle, lui-même trahi par son ombre. Plusieurs coups peuvent vouloir dire que le danger s'approche, mais sans qu'il y ait urgence, ou bien il s'agit simplement pour la marmotte de faire remarquer son existence sociale auprès de ses congénères. Fin mai. Naissance des marmottons, qui seront élevés pendant une quarantaine de jours dans un nid de foin au fond du terrier. La mère est aux petits soins, car les petits naissent nus et aveugles. Ce n'est que lorsque leur pelage est complètement développé que les marmottons sortent au vert.

De l'herbe à volonté

Essentiellement herbivores, les marmottons ont désormais pour souci principal de se refaire une santé. Feuilles, tiges, fleurs et graines, racines, bulbes et fruits constituent son ordinaire. Sur le plan du comportement, elles sont généralement sauvages, avec une distance de fuite variable mais souvent d'une bonne cinquantaine de mètres, lorsqu'un randonneur passe son chemin dans les sites peu fréquentés. A l'inverse, là où défile bon nombre de promeneurs, elles finissent par s'accoutumer. C'est notamment le cas près des refuges, où elles sont attirées par une nourriture variant de son ordinaire : bonbons et chocolat qu'elles viennent manger jusque dans la main. Certes, la scène est ludique et enchante les enfants, mais est-ce rendre service à ces animaux sauvages? Il y a fort à parier que si le médecin des marmottes examinait ses patientes, il les enverrait droit en cure de désintoxication pour excès de cholestérol. Plaisanterie mise à part, il est probable qu'avec une telle alimentation, leur fonctionnement hormonal s'en trouve perturbé et leur chance de survie lors de l'hibernation amoindrie.

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